L’art peut il être une expérience immersive ?

Tsang Kin Wah, plasticien | Publié le 14 juin 2015 par Thierry Grizard.

Tsang Kin Wah, flux et itérations

Tsang Kin WahTsang Kin Wah, (né à Shantou en 1976, Chine) a commencé par un travail typographique souvent dans le cadre d’interventions qui prennent possession d’un lieu. Il couvre murs, sols et plafonds de phrases ou de mots relatifs à de grands concepts et valeurs tels que le bien, le mal, la mort, la vie et leurs interactions avec l’individu et sa subjectivité. Tsang Kin Wah est très influencé par une éducation chrétienne qu’il réinterprète à la lumière de Nietzche qui, dit-il, lui apporte un éclairage positif sur l’héritage essentiellement négatif de ses influences chrétiennes.

L’effet de ses calligraphies itératives et souvent curvilignes fait évidemment penser à l’op art. Néanmoins, l’adjonction d’ambiances sonores – également sérielles –  particulièrement oppressantes et le contenu des éléments décoratifs procurent à l’ensemble un tout autre sens, voire même une dimension tragique quoique teintée d’ironie.

« The Seven Seals », (2009)

Dans cette pièce Tsang Kin Wah nous confronte aux maux de l’humanité : la mort, la guerre, le suicide, le déni, etc., placés cette fois dans la perspective d’un éternel retour, celui des maux collectifs comme de notre perception individuelle de la récurrence. Là encore Tsang Kin-Wah procède par boucles sonores et visuelles particulièrement immersives qui nous conduisent à une introspection angoissée face aux plaies de l’histoire collective, mais aussi sur le plan des concepts universels qui nous sont assénés en projection et qui nous amènent à réfléchir sur l’impermanence et la futilité de toute chose.


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« Ecce Homo »,  (2011/12)

Dans « Ecce Homo » (référence à Ponce Pilate et Nietzsche), en retraçant le procès de Nicolae Ceaușescu, Tsang Kin-Wah nous immerge dans l’expérience subjective du jugement et de la sentence qui vont jusqu’à l’exécution d’un homme. En procédant par immersion, et donc en faisant appel à nos émotions, Tsang Kin-Wah questionne sans réponse préétablie de sa part la relation entre les faits, le discours, les valeurs et notre subjectivité, mais aussi le rapport entre les énoncés sociaux, moraux et notre ressenti.


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« The Infinite Nothing », (2015)

Pavillon de Hong Kong | The 56° Biennale de VeniseConçue spécialement pour la Biennale de Venise cette installation vidéo constitue à partir de quatre pièces vidéo une trame narrative développant le concept de l’éternel retour, des cycles et des retours sur soi au travers de certaines idées philosophiques (Nietzsche, le bouddhisme) ou encore de grands symboles populaires ou religieux. Le parcours débute par une rivière métaphorique pour se poursuivre dans des flots de mots ou phrases évoquant certaines idées universelles pour finalement revenir à la projection initiale.


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Tsang Kin-Wah | THE INFINITE NOTHING
Pavillon de Hong Kong | The 56° Biennale de Venise

Thierry Grizard | Artefields.

Webmaster et auteur.

Artefields, couvre à travers un fil d’actualité fourni et quotidien l’ensemble des expositions à Paris, en France et pays francophones, mais aussi les grands évènements internationaux. Les champs d’intérêts sont essentiellement les arts plastiques, en allant de la peinture aux installations en passant par la sculpture. Nous nous efforçons également de découvrir ou soutenir d’un point de vue rédactionnel de nouveaux talents. Les articles de fond, ou analyses tentent de prendre un peu de distance relativement à l’actualité artistique afin de mieux éclairer cette dernière. De nombreuses galeries d’images sont à la disposition du lecteur qui pourra se faire une première idée du travail des artistes concernés. La ligne éditoriale ne se veut néanmoins pas exhaustive et revendique une part inévitable de subjectivité.