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# Eva Gonzalès, la robe blanche
- URL: https://www.artefields.net/eva-gonzales-peinture-femme-manet/
- Published: 2026-10-03T13:20:34.000Z
- Updated: 2026-10-03T13:20:34.000Z
- Description: Manet l’a peinte en robe blanche. Eva Gonzalès, elle, peignait les siens. Au Petit Palais, sa courte carrière révèle ce qu’une famille bourgeoise permet à une femme artiste, et les limites qu’elle lui impose. Une lecture sociale, attentive aux œuvres, loin du roman de l’élève et de son maître.
- Author: Thierry Grizard
- Tags: Peinture

*Au Petit Palais, l’exposition consacrée à Eva Gonzalès permet de retrouver une peintre derrière son portrait par Manet. Sa courte carrière raconte aussi une condition : celle d’une bourgeoise que son entourage encourage à travailler, dans les limites des convenances.*

Dans le portrait d'Eva Gonzalès achevé par Manet en 1870, elle porte une robe blanche, serrée d’une ceinture noire. Assise devant son chevalet, elle tient une palette et plusieurs pinceaux. Le tableau mesure près de deux mètres de haut. Une nature morte de fleurs, déjà encadrée, attend une dernière retouche ; une pivoine repose sur le tapis. La peintre détourne les yeux de son ouvrage. Tout est disposé pour montrer une activité dont les salissures ont été soigneusement écartées. C'est une dame de la bonne société qui s'exerce à l'art de peindre.

![](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/portrait_de_eva_gonzales_edouard_manet.webp)

Édouard Manet (1832-1883)**. Portrait d'Eva Gonzalès*, 1870\. Huile sur toile, 191,1 × 133,4 cm Londres, National Gallery, legs Sir Hugh Lane, 1917, en partenariat avec la Hugh Lane Gallery, Dublin © The National Gallery, London

On pourrait lire cette tenue avec Thorstein Veblen, qui décrira en 1899 comment les vêtements et les loisirs des femmes manifestent la position économique de leur famille. La robe garantit ici que la peinture reste compatible avec une certaine manière de vivre. Mais, elle possède une autre signification : les artistes femmes se sont aussi représentées en toilette pour affirmer leur dignité professionnelle. L’élégance ne prouve donc pas nécessairement l’amateurisme. Elle révèle les conditions dans lesquelles une ambition devient présentable.

L’exposition *Parcours d’une artiste libre*, au Petit Palais jusqu’au 24 janvier 2027, invite à reprendre cette question. Laissons pour un moment les commentaires sur la jalousie de Berthe Morisot et l’inépuisable ascendant de Manet. Linda Nochlin proposait, dès 1971, d’examiner les institutions qui rendent une carrière possible avant de juger du génie individuel. Chez Gonzalès, cela commence par une famille, des revenus, des relations et quelques pièces où travailler.

## Une famille des lettres

Née à Paris en 1847, Eva grandit dans un milieu qui connaît les usages de la réputation. Emmanuel Gonzalès, son père, écrit des romans et des feuilletons, notamment pour *Le Siècle*, et a présidé la Société des gens de lettres. Sa mère, musicienne, reçoit écrivains et artistes. Philippe Jourde, directeur du journal, est son parrain. La littérature fournit des conversations, mais également des personnes auxquelles demander un service.

À ces relations s’ajoutent des ressources bien réelles : Emmanuel achète un domaine à Monte-Carlo en 1858\. La famille peut financer, en 1866, l’enseignement privé de Charles Chaplin, portraitiste apprécié de la bonne société. Alfred Stevens présente ensuite Eva à Manet en février 1869\. Elle choisit un maître controversé dans un cercle où l’on peut le rencontrer personnellement.

![Portrait d'Emmanuel Gonzalès, dédicacé à Mme Manet. Pierre Petit, photographe à Paris. Album de portraits ayant appartenu à Édouard Manet – BNF – Numérisation Gallica.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/emmanuel_gonzales_bnf.webp)

Portrait d'Emmanuel Gonzalès, dédicacé à Mme Manet. Pierre Petit, photographe à Paris. Album de portraits ayant appartenu à Édouard Manet – BNF – Numérisation Gallica.

La différence est considérable : vouloir devenir peintre et savoir à qui faire transmettre son désir sont deux choses distinctes. Le père intervient dans l’apprentissage ; les critiques lui écrivent. Cette sollicitude facilite une carrière tout en maintenant longtemps la jeune artiste dans les relations de sa famille.

## Le dedans et le dehors

Les femmes ne seront admises à l’École des beaux-arts qu’en 1897\. Taine, nommé professeur en 1864, peut donc y expliquer l’importance du milieu à des élèves dont la sélection en fournit une démonstration assez complète. Pour les jeunes bourgeoises, les ateliers privés offrent une solution coûteuse, soumise aux précautions de la respectabilité. En octobre 1868, Chaplin juge inconvenant qu’Eva, célibataire, envisage de louer son propre atelier.

L’obstacle tient moins à une interdiction générale de peindre qu’à la possibilité d’organiser sa vie autour de la peinture. Les convenances surveillent les fréquentations et les déplacements ; le Code civil soumet la femme mariée à l’autorité conjugale. Une famille bienveillante peut atténuer ces contraintes sans les abolir.

Gonzalès entre au Salon en 1870\. Dès 1873, elle se déclare élève de Chaplin et de Manet : une recommandation dont l’efficacité dépend manifestement du destinataire. Jules Claretie attribue un refus à la « manetophagie » du jury. En 1880, Manet regrette ironiquement qu’elle n’ait pas choisi Bonnat ou Cabanel pour protecteur. Son nom, si avantageux pour la postérité, constitue alors un appui incertain.

![Eva Gonzalès. Miss et bébé (également connu sous le titre Nounou avec enfant), vers 1877-1878. Huile sur toile, 64,9 × 81,4 cm, non signé. Washington, National Gallery of Art, Chester Dale Fund, 2006.72.1. Courtesy National Gallery of Art, Washington.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/eva-gonzales_nanny_and_child.webp)

Eva Gonzalès. Miss et bébé (également connu sous le titre Nounou avec enfant), vers 1877-1878\. Huile sur toile, 64,9 × 81,4 cm, non signé. Washington, National Gallery of Art, Chester Dale Fund, 2006.72.1\. Courtesy National Gallery of Art, Washington.

*Peint à Dieppe, que Gonzalès fréquente tout au long des années 1870, le tableau reprend le dispositif du Chemin de fer de Manet : une femme assise regarde le spectateur, tandis qu'une enfant agrippe les barreaux d'une grille, de dos, le visage en profil perdu. Le titre français désigne une « miss », gouvernante anglaise, marque de distinction recherchée dans la bonne société de l'époque. L'ombrelle tombe aux pieds de la gouvernante, qui semble un instant oublier sa charge. Manet place sa scène devant la gare Saint-Lazare, dans un décor urbain et industriel, Gonzalès transpose le même dispositif dans un jardin public, avec une domestique. Le déplacement du lieu illustre le passage du dehors au dedans.*

![Édouard Manet (1832–1883), Le Chemin de fer, 1873. Huile sur toile, 93,3 × 111,5 cm. Washington, National Gallery of Art. Don d’Horace Havemeyer en mémoire de sa mère, Louisine W. Havemeyer, 1956. Inv. 1956.10.1.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/edouard-manet_le_chemin_de_fer.webp)

Édouard Manet (1832–1883), **Le Chemin de fer*, 1873. Huile sur toile, 93,3 × 111,5 cm. Washington, National Gallery of Art. Don d’Horace Havemeyer en mémoire de sa mère, Louisine W. Havemeyer, 1956\. Inv. 1956.10.1.

## Peindre les siens

Les sujets de Gonzalès décrivent un monde familier : toilettes, lectures, sorties au théâtre, enfants accompagnés, séjours normands.

Dans *Miss et bébé*, peint vers 1877-1878, une gouvernante et une petite fille occupent l’entrée d’un jardin. Elles sont à l'ombre, l'ombrelle renversée au sol (ne pas s'exposer au soleil, un marqueur social prégnant à cette époque). La nounou, presque lasse, sourit au peintre et nous sourit donc. Le service domestique apparaît au sein même du loisir de la grande bourgeoisie intellectuelle. L'enfant et sa nurse sont chacune plongées en elles-mêmes et pour la nounou, habitée d'un sourire sur le point de s'estomper, le regard encore vers le hors cadre. Ce n'est pas contradictoire ou confus, c'est complexe et associatif. Où, par conséquent, est le sujet ? L'ambiance (lumineuse, rendue avec brio) de repos à l'ombre ? Un moment intime révélateur d'un certain statut social ? Les correspondances de textures, tout semble suspendu. Il n'y a probablement pas à choisir, tout cela à la fois, avec pour registre commun qui assemble une scène plus riche qu'il n'y parait, l'intime et son pendant : un relatif abandon.

Dans *Le Réveil*, la chambre et le lit donnent à une scène ordinaire la place qu’un autre peinture réserverait probablement à un événement. Pourtant, à y regarder de près, il y a bien des indices : un levé cotonneux, indolent et sensuel. Un livre est posé. De la veille ou du matin ? Les rideaux flottent ; elle sourit. L'intimité avec le modèle est puissante, très sensuelle sans, à aucun moment, nous mettre dans une situation de voyeur. De cette scénette, il y a une variante, avec Jeanne aux yeux clos, faisant mine de dormir encore ou déjà. L'ambiance de sensualité atmosphérique est très similaire.  
Eva Gonzales n'expose pas au regard, elle tente de nous immiscer dans une intimité sans que le sujet soit exhibé, ni que l'invité devienne un intrus. On entrouvre une porte, telle celle d'une chambre d'enfant, avec le *souci* de ne rien altérer. Pour autant, Gonzales reste fidèle à son milieu, ce réveil langoureux est celui d'une certaine classe sociale. On n'est pas chez Degas !

![Eva Gonzalès (1849–1883), Le Réveil, vers 1877–1878. Huile sur toile, 81,1 × 100,1 cm. Brême, Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen. Acquis en 1960. Inv. 827-1960/28.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/eva-gonzales_morning_awakening.webp)

Eva Gonzalès, **Le Réveil*, vers 1877–1878. Huile sur toile, 81,1 × 100,1 cm. Brême, Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen. Acquis en 1960\. Inv. 827-1960/28.

*Une loge aux Italiens* organise la présence sociale suivant une autre perspective, celle des mondanités parisiennes. Jeanne, la sœur d’Eva, pose avec Henri Guérard, le futur mari d’Eva. Leurs regards ne composent aucune conversation évidente. Le bouquet, les étoffes claires et le fond sombre rapprochent le tableau de Manet ; le détachement des personnages empêche de le réduire à l’illustration aimable d’une soirée. Jeanne se tient sur le rebord, des jumelles à la main. Sa présence ne se résume pas au spectacle qu’elle offre.  
Elle regarde aussi, dans un lieu où les femmes élégantes font elles-mêmes partie de ce que l’on vient voir.  
Quelques éléments intriguent néanmoins, les deux "modèles" sourient mais semblent ne pas adresser cette expression aux mêmes destinataires ; Jeanne ne regarde pas vers l'orchestre ou la scène qui sont en contrebas. C'est le peintre et donc le regardeur qu'elle fixe avec l'incongruité qu'elle est au balcon, que physiquement personne ne peut être face à elle suspendu dans le vide. Ce qui, rappelons-le, était une convention du genre à l'époque. Qu'on soit au poulailler ou aux balcons, c'est au regardeur qu'on s'adresse.  
Dans cette toile, il y a donc un paradoxe : on est dans un lieu public, de représentation sociale, où il faut être, et pourtant Jeanne est ailleurs, un peu affalée sur la balustrade, oublieuse du contexte, tournée vers elle-même en observant pourtant ce qui est hors du cadre, une présence qui appartient également à son ordonnancement intime.

On objectera qu’Alfred Stevens ou James Tissot ont également peint les élégantes de leur temps. L’objection oblige à regarder les œuvres plutôt qu’à distribuer les vertus selon le sexe des artistes. Gonzalès ne devient pas désintéressée parce qu’elle représente sa sœur, pas plus que ses confrères ne se réduisent à des fournisseurs de marchandises. La familiarité répétée avec Jeanne permet néanmoins une hypothèse : ce visage disponible invite à multiplier les situations, sans devoir chaque fois fabriquer une personnalité séduisante. Cette proximité devient un moyen de travail.

![Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens, vers 1874. Huile sur toile, 97,7 × 130 cm. Paris, musée d’Orsay. Don de Jean Guérard, fils de l’artiste, en 1927. Inv. RF 2643.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/eva-gonzales_une_loge_aux_italiens.webp)

Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens, vers 1874\. Huile sur toile, 97,7 × 130 cm. Paris, musée d’Orsay. Don de Jean Guérard, fils de l’artiste, en 1927\. Inv. RF 2643.

## La maison et l’atelier

L’entourage procure des modèles, des conseils et des relais. En 1879, Eva épouse Henri Guérard, graveur associé au travail de Manet. Parmi les témoins figurent Manet, le docteur Gachet, l’éditeur Dentu et Philippe Jourde. Les relations professionnelles et les amitiés familiales sont suffisamment mêlées pour que la liste des témoins renseigne déjà sur les moyens de faire connaître les œuvres. Guérard contribue à diffuser les compositions de sa femme en les gravant.

Cette proximité complique parfois les attributions. Jeanne peint elle aussi, et certaines œuvres des deux sœurs se ressemblent assez pour avoir été confondues. L’historienne Marie-Caroline Sainsaulieu a identifié une toile de Jeanne portant la signature d’Eva. L’histoire de la maison se poursuit jusque dans les catalogues, où il faut distinguer des mains formées au voisinage l’une de l’autre.

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La vie domestique impose ainsi des obligations, mais elle fournit également des ressources. Entre le modèle de la femme empêchée et celui de l’artiste entièrement indépendante, cette organisation familiale mérite d’être décrite pour elle-même.

## Ce que le milieu ne décide pas

En 1874, Gonzalès présente au Salon *La Matinée rose*, un pastel de près d’un mètre de haut. Le sujet domestique s’accommode d’un format ambitieux. La même année, une première version de la *Loge* est refusée ; remaniée, elle sera admise en 1879\. Cinq ans séparent les deux présentations. Une pratique d’agrément aurait pu se dispenser de cette insistance auprès du jury.

![Eva Gonzalès (1849–1883), La Matinée rose, également intitulée La Nichée, 1874. Pastel sur papier et châssis entoilé, 93,8 × 74,3 cm. Paris, musée d’Orsay. Acquis par l’État en 1885, lors de la vente après décès de l’artiste. Inv. RF 12299.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/eva-gonzales_matinee_rose.webp)

Eva Gonzalès, **La Matinée rose*, également intitulée **La Nichée*, 1874. Pastel sur papier et châssis entoilé, 93,8 × 74,3 cm. Paris, musée d’Orsay. Acquis par l’État en 1885, lors de la vente après décès de l’artiste. Inv. RF 12299.

Les séjours à Dieppe, Honfleur ou Grandcamp lui donnent également l’occasion de travailler dehors. La villégiature conserve ses habitudes mondaines, mais les paysages permettent d’autres essais : la palette s’éclaircit, les personnages prennent place dans la lumière du littoral. L’accès à ces lieux dépend des ressources familiales ; ce qu’elle y cherche comme peintre demande une attention distincte. On peut expliquer pourquoi une artiste se trouve sur une plage sans avoir expliqué son tableau.

Le cadre social rend certains sujets accessibles, certains comportements probables. Il ne commande ni le choix de Manet ni la persévérance devant un refus. Même l’habitus, chez Bourdieu, désigne des dispositions acquises, non un programme qui prévoirait chaque décision. L’analyse perdrait son intérêt si elle retrouvait mécaniquement dans chaque tableau ce qu’elle a placé dans la biographie.

Jeanne en offre une comparaison utile. Issue de la même famille, elle poursuit une autre carrière, se présente à partir de 1887 comme élève de sa sœur disparue et expose notamment avec les XX, à Bruxelles. Elle vit jusqu’en 1924\. Cette différence de durée suffit déjà à rendre trompeuse toute expérience qui prétendrait comparer deux existences à conditions égales.

## Une fin de feuilleton

Eva donne naissance à Jean-Raimond le 19 avril 1883\. Manet meurt le 30 avril ; elle-même succombe le 6 mai, à trente-six ans, à une embolie survenue après l’accouchement. Sa carrière publique aura duré treize ans. Cette brièveté doit rester présente lorsqu’on cherche dans son œuvre les preuves d’une émancipation accomplie : nous regardons une évolution interrompue, dont personne ne connaît la suite.

La légende préfère un autre enchaînement. Elle raconte Eva occupée à tresser une couronne pour Manet au moment de mourir. En 1888, Guérard épouse Jeanne, qui avait auparavant posé dans la robe de mariée de sa sœur. Ces circonstances ont beaucoup servi les récits ultérieurs. Le communiqué du Petit Palais souhaite dépasser la vision romanesque de l’artiste, puis invoque le destin et une « troublante mise en abyme ». La fille d’un feuilletoniste n’en a décidément pas fini avec les exigences du récit.

![Eva Gonzalès, L’Alcôve, vers 1875–1878. Huile sur toile, 46,5 × 38,4 cm. Collection particulière. Modèle : Jeanne Gonzalès.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/eva-gonzales_alcove.webp)

Eva Gonzalès, **L’Alcôve*, vers 1875–1878. Huile sur toile, 46,5 × 38,4 cm. Collection particulière. Modèle : Jeanne Gonzalès.

Le malheur est que cette conclusion paraît donner son sens à tout ce qui précède. Les tableaux deviennent les annonces involontaires d’une mort et d’un remariage. Rien n’oblige pourtant à regarder Jeanne en mariée comme si Eva avait peint la suite de l’histoire.

## Les amis continuent

La reconnaissance ne s’éteint pas en 1883\. Son mari, son père et Léon Leenhoff organisent en 1885 une rétrospective de quatre-vingt-huit œuvres. L’État achète *La Matinée rose* ; son fils donne la *Loge* au Louvre en 1927\. Des expositions personnelles suivent encore, notamment en 1914, 1932, 1952 et 1959\. Parler d’oubli absolu effacerait ce patient travail de transmission. La visibilité de Gonzalès reste discontinue, malgré ces soutiens.

Le Petit Palais rassemble aujourd’hui près de cent œuvres dans un parcours chronologique, avec des rapprochements autour de Morisot, Cassatt et Bracquemond. La comparaison éclaire des conditions communes ; elle demande aussi de respecter les divergences, puisque Gonzalès n’a participé à aucune des expositions impressionnistes. La rétrospective se poursuivra au Van Gogh Museum du 12 février au 20 juin 2027.

Un dernier rapprochement donne la mesure de sa reconnaissance institutionnelle. Le portrait de Manet est entré à la National Gallery par le legs Hugh Lane en 1917\. Le musée n’a acquis sa première œuvre de Gonzalès, *La Psyché*, qu’en 2024 ; elle devenait alors la vingtième femme artiste représentée dans sa collection. Cette jeune femme devant un miroir occupe une toile de 39 sur 26,5 centimètres. Entre l’image d’Eva et sa propre peinture, cent sept ans se sont écoulés. La seconde tient sur une surface près de vingt-cinq fois plus petite.

![Eva Gonzalès, L’Alcôve, vers 1875–1878. Huile sur toile, 46,5 × 38,4 cm. Collection particulière. Modèle : Jeanne Gonzalès.](https://storage.ghost.io/c/be/a7/bea7c2f9-4517-494a-8966-44930ac34191/content/images/2026/10/eva-gonzales_le_chignon.webp)

Eva Gonzalès, **L’Alcôve*, vers 1875–1878. Huile sur toile, 46,5 × 38,4 cm. Collection particulière. Modèle : Jeanne Gonzalès.

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[Musée du Petit Palais](https://www.petitpalais.paris.fr/?ref=artefields.net) 

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