Newsletter : Le nu et les corps photographiques

Newsletter : Le nu et les corps photographiques
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La photographie de nu est aussi variée et hétérogène que la peinture de nu. Petit tour d'horizon en partant de quelques photographes emblématiques.

Si on exclut la photographie de charme et érotique le nu en photographie se présente sous bien des aspects. On ne peut qu'en retenir quelques uns : héritier des arts plastiques quand il s’agit du pictorialisme; sous l’influence naturelle des grands mouvements esthétiques du 20° et 21° siècle; ou encore élément essentiel de certains courants de l'art moderne, tels que le Body Art, Fluxus, l’hyperréalisme.

Une des constantes de la photographie de nu qui ne soit pas de charme est la construction de l’image à travers des corps qui sont appréhendés à titre de signes, où donc la part érotique ou tout simplement sensuelle est presque inexistante. Au sein de cette catégorie on retrouve des photographes tels que Ren Hang, Elina Brotherus, Polly Penrose, Francesca Woodman entre autres. Ce qui caractérise cet ensemble assez hétérogène repose sur l’idée centrale de performance associée à la représentation des corps comme des mises en acte d’idées, notions ou tout simplement jeux de mots qui deviennent des jeux de signes visuels. Dans ces cas de figures la filiation avec Fluxus et le happening ou le Body Art est évidente et rejoint par exemple les démarches d’artistes modernes ou contemporains telle que  Ana Mendieta, ou Marina Abramović.

Une autre tendance intéressante est celle des photographes qui questionnent la représentation des corps, du genre, et l’ensemble des valeurs collectives qui façonnent les corps, notre désir, notre propre conscience de ceux-ci. La plupart de ces artistes ont évidemment une approche critique. Cet aspect est particulièrement vérifié avec les femmes photographes qui s’insurgent contre les valeurs patriarcales, consuméristes, et d’ordre général toutes les prises de pouvoir sur le corps spécifiquement féminin. C’est ainsi que Pixy Liao a produit une série photographique centrée autour de sa vie de couple avec son compagnon Moro dans le but d’inverser la représentation conventionnelle des rapports genrés. Dans ce registre de subversion des discours dominants on trouve également Maisy Cousins qui reprend les codes des magazines en les poussant à outrance, en montrant précisément ce qu’on ne saurait voir et encore moins montrer, la pilosité, les formes, la sensualité exubérante, le sexe lui-même. Talia Chetrit selon une perspective toute aussi subversive tient une forme de journal apocryphe autour de la famille, de soi, de l’intimité en se livrant à un autoportrait totalement impudique, qui en quelque sorte défie les tabous, notamment en faisant des autoportraits en « origine du monde »...