Aurore Pallet, vedute et réminiscences intérieures

Aurore Pallet | Art contemporain, peinture, exposition | Publié le 13 avril 2017 par Thierry Grizard.


Aurore Pallet, « Prendre les augures »

Aurore Pallet exposait en 2015 chez Isabelle Gounod, (exposition intitulée: “Les Annonces Fossiles”). On pouvait y voir d’étranges paysages sur panneau de bois de très petit format. Ces paysages totalement imaginaires fonctionnaient comme des miniatures introspectives. Ces vues étaient des projections de soi dans des sites constitués d’accrétions, de végétaux minéraux et d’étendues d’eau prétextes à de faibles reflexions. Presque tous dans ces rivages ou landes étaient plongés dans la pénombre pour y faire sourdre toujours une lueur souvent centrale. Les glacis superposés octroyaient à ces projections en écho une brillance et une profondeur supplémentaires.

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© Aurore Pallet, “Les Annonces Fossiles”, 2015.

Cette Année Aurore Pallet expose au Lab Labanque de Bethune sous la houlette d’Isabelle Gounod·

La manière est à peu près la même, toujours très sombre. Cependant les teintes froides, bleutées des “Annonces Fossiles” ont fait place à des tons plus chauds tendant à l’ambré. Le thème est en apparence très différent. Il y a des architectures de style gothique ou renaissant et des personnages, en groupe ou procession, à la Piero della Francesca ou Giotto. L’inspiration renaissante est évidente et revendiquée. C’est là que l’onirisme vesperal d’Aurore Pallet se prolonge de manière pour ainsi dire logique. Ces petits tableaux évoquant des miniatures sont aussi et surtout des ” vedute “. Cependant ces vues ne sont pas à entendre dans l’acception courante, à savoir celle des paysages vénitiens du XVIII° siècle.

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© Aurore Pallet, “Prendre les augures”, 2017.

Ces ” vedute ” sont empruntées au Quattrencento et la Renaissance italienne. Ces percées avaient pour fonction première d’ouvrir la perspective vers un horizon prolongeant la vue intérieure d’un lieu qui était toujours une mise en scène, un théâtre des idées. Donc ce qui est vu dans les lointains de Giotto ou Vinci ne sont pas des paysages mais un décor évoquant l’Eden, la Nature ou le désordre, le chaos des origines, (La Joconde par exemple), etc.
Aurore Pallet par ces saynètes rappelant les ” vedute ” de la renaissance reprend le thème des paysages mentaux, peuplés cette fois d’humains et se positionnant dans le grand dialogue de la Peinture avec son histoire. Ici on peut sans mal voir des fragments de Giorgione, Giotto, Vinci, etc. L’artiste se sert de ces fragments prélevés dans l’histoire de la peinture pour rebondir sur ses propres « obsessions ». En effet, Aurore Pallet prélève surtout des paysages désolés, des architectures démantelées, des personnages qui fuient, des anges en chute, ou des vols inquiétants de corbeaux. C’est toujours aussi crépusculaire et méditatif, mais les œuvres d’Aurore Pallet commencent à se peupler aussi bien d’humains que de leurs artifices.

Aurore Pallet continue donc avec ses paysages mentaux à ouvrir des fenêtres au contenu incertain.
C’est à voir jusqu’au 23 juillet.


Aurore Pallet | « Prendre Les Augures ».
Du 1er Avril au 23 juillet 2017.
Exposition personnelle, Labanque, Béthune.

Organisé par la galerie Isabelle Gounod.


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  • © Aurore Pallet.
  • Courtesy galerie Isabelle Gounod.
  • Courtesy Lab Labanque – Béthune.

Aurore Pallet


“Prendre les augures”, 2017.

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Thierry Grizard | Artefields.

Webmaster et auteur.

Artefields, couvre à travers un fil d’actualité fourni et quotidien l’ensemble des expositions à Paris, en France et pays francophones, mais aussi les grands évènements internationaux. Les champs d’intérêts sont essentiellement les arts plastiques, en allant de la peinture aux installations en passant par la sculpture. Nous nous efforçons également de découvrir ou soutenir d’un point de vue rédactionnel de nouveaux talents. Les articles de fond, ou analyses tentent de prendre un peu de distance relativement à l’actualité artistique afin de mieux éclairer cette dernière. De nombreuses galeries d’images sont à la disposition du lecteur qui pourra se faire une première idée du travail des artistes concernés. La ligne éditoriale ne se veut néanmoins pas exhaustive et revendique une part inévitable de subjectivité.