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Marion Bataillard, le mental et le physique

Marion Bataillard est une jeune artiste lauréate du 60ème salon de Montrouge qui à travers une peinture à connotations expressionnistes questionne le corps
Marion Bataillard, le mental et le physique

Marion Bataillard et le grotesque

Ce qui frappe immédiatement chez Marion Bataillard, hormis le corps omniprésent et la crudité du propos, ce sont les perspectives renversées aux points de fuite multiples qui désorganisent l’espace pictural, les anatomies dérangeantes parfois difformes, aux membres défiant les proportions, aux visages pourtant fréquemment détaillés, donc plutôt réalistes, mais affublés d’yeux globuleux ou d’autres particularités qui brisent l’effet illusionniste, enfin la gamme chromatique dominée par des couleurs acides, parfois contrariées.

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© Marion Bataillard. « L’âge commerçant avec l’abondance dans son jardin », 140×200 cm, huile sur toile, 2017

Les figures ont toutes quelque chose de disgracieux. Marion Bataillard fuit l’harmonie, le repos. Il n’y a ni de fidélité psychologique au modèle, ni d’exactitude anatomique, nous sommes toujours, plus ou moins, dans le grotesque sans verser dans la pantomime expressionniste.

Tout au contraire, la texture de la toile est lisse, étirée, vitrifiée, réfléchissante et tranchante. L’artiste peintre française utilise fréquemment des châssis en bois qui sont comme des miroirs tendus aux préparations très fluides. Quant aux contours ils sont nets, sinon dessinés, néanmoins étiolés pour certains petits formats à l’exécution plus rapide, c’est plutôt l’exception. L’aspect visuel est donc en tension et semble se démentir en permanence entre vérisme des tessitures et aberrations des formes qu’il s’agisse des corps ou des décors abstraits, fonds que les figures habitent à peine posées là incongrûment. Cette peinture est inconfortable, perturbante sans être violente.

Évidemment, on pense aux expressionnistes et néo-expressionnistes allemands, en particulier aux écoles de Leipzig qui ont fait perdurer Max Beckmannn, Otto Dix et Oskar Kokoschka à travers des emprunts au Pop Art et l’héritage du réalisme socialiste. Mais alors que les peintres de Leipzig se situent, pour la grande majorité, dans le contexte social et historique, Marion Bataillard n’aborde que l’intime, le très intime, le corps, la sexualité, la présence physique du peintre relativement à sa toile.

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© Marion Bataillard. « Etude pour un couple d’amoureux », 55x100cm, huile sur bois, 2015.

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