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Claire Tabouret portrait de groupe en altérité

Claire Tabouret la jeune artiste peintre française au succès foudroyant expose à la Collection Lambert en Avignon sous le thème des "Veilleurs"
Claire Tabouret portrait de groupe en altérité

Claire Tabouret, le portrait comme altérité

Portrait de groupe ?

Claire Tabouret dans toutes ses séries passées, en cours ou simultanées ­— (« Les Maisons Inondées », « Les Migrants », « Les Tentes » plus ou moins entrebâillées, « Les Débutantes », « Les Amazones », « Les Héroïnes » féminines sous l’angle de la violence, « Isabelle Eberhardt », « Les Grandes Camisoles », etc.) — aborde une problématique constante, celle d’un univers en retrait, fermé qui semble animé d’un mouvement contradictoire de vacillement vers la dissolution et de surgissement sourd depuis le fond du tableau, de l’en deçà, à travers une lumière spectrale (omniprésente dans son travail) irradiant faiblement mais avec obstination.

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@ Claire Tabouret.

Dans la série exposée à la Collection Lambert, du 5 juillet au 4 novembre 2018, sous le titre « Les Veilleurs », composée de toiles récentes ainsi que de quelques-unes plus anciennes, la jeune artiste française reprend le thème de l’enfance, une enfance grave et en rébellion. Elle tente avec les grands formats, en reprenant le portrait de groupe, de rendre présents dans leur altérité de jeunes gens rétifs qui refusent de se plier à ce que, dans la représentation en tant que groupe, on attend d’eux. Ces figures d’adolescents représentés comme un tout n’ont pas d’individualité marquée, la peintre n’en dresse pas, en réalité, un portrait réaliste. Elle porte surtout son attention sur la particularité de l’ensemble en tant que tel, notamment dans sa réaction aux pesanteurs de la coercition et des conventions collectives. Mais de quelles conventions s’agit-il ? Les images archétypales, que Claire Tabouret prélève dans des archives de papier ou des archives numériques, ne retiennent son attention qu’autant qu’elles constituent des images d’Épinal, souvent assez désuètes, d’un autre temps bien souvent. Le décalage est donc déjà dans le réfèrent.

La jeune artiste peintre ne fait ainsi qu’accroitre l’écart, en vidant de la sorte définitivement l’image de ses derniers lambeaux de matérialités. On est, bien plutôt, dans le champ du pictural, il n’y a aucune description, ni même de transcription, et aucune transfiguration. Le modèle, un portrait de groupe composite et arbitraire, artificiel, ne portraiture rien, les personnages ne sont rien de plus que des figures, tout au plus des « persona », c’est-à-dire des représentations picturales plus ou moins eidétiques de ce que l’adolescence ou l’enfance illustre en tant que moment de rupture, de basculement et d’hésitations (hostiles) à la lisière du monde adultéré des grandes personnes, de ceux qui sont déjà de plein de pied et de manière irréversible dans le monde social et matériel des conventions. Cette image grave et inversée de l’enfance prétendument insouciante s’appuie, elle-même, sur le stéréotype d’une enfance « innocente » (avant l’adultération), « sauvage », en retrait de l’état de société, comme si le microcosme de l’enfance n’était pas déjà le reflet réduit, simplifié, du monde soumis à la responsabilité sociale et aux contraintes du monde matériel de l’échange et du travail.

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