François Malingrëy, un nouveau réalisme ?
François Malingrëy découvert au Salon de Montrouge Palais de Tokyo en 2015 reprend avec ironie le flambeau du réalisme tout du moins du point de vue formel.
François Malingrëy, né en 1989 à Nancy, diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2013, présenté au Salon de Montrouge en 2015 puis au Palais de Tokyo la même année, expose pour la première fois à la galerie Paris-B, rue de Turbigo, jusqu’au 11 avril 2026. L’exposition réunit un ensemble de peintures récentes, huiles sur toile de grand format pour la plupart, et quelques œuvres plus petites. C’est une première exposition personnelle dans une galerie parisienne de premier plan. Elle mérite qu’on s’y arrête.

Le corps comme scène
La peinture de François Malingrëy commence par le corps. Pas le corps comme prétexte ou comme motif décoratif: le corps comme espace dramatique, comme territoire où quelque chose se joue et ne se résout pas. Les figures sont nombreuses, proches, souvent enchevêtrées. Elles tombent, se tiennent, se portent, se regardent sans se voir. Les Écroulés (huile sur toile, 114 × 146 cm, 2024), Les Batailleurs et le crépuscule (165 × 200 cm, 2024), Le Gisant et la bagarre (81 × 100 cm, 2024): les titres eux-mêmes articulent un vocabulaire de la chute et du conflit, de l’effort sans issue.
Ce qui frappe dans ces grandes compositions, c’est l’économie des décors. Un plancher, une pièce indistincte, un rivage vaguement esquissé. Le fond ne raconte rien. Il recule. L’arrière-plan est souvent travaillé en sfumato, brumeux, à peine posé, comme un décor de théâtre qu’on n’aurait pas fini de dresser. Toute la charge dramatique repose sur les corps, sur les masses, sur les articulations et les peaux. La lumière, en clair-obscur serré, découpe les volumes. Les tensions diagonales chargent la composition.

Les scènes de groupe obéissent à une logique de répétition. Un petit nombre de modèles revient d’un tableau à l’autre, jouant différents personnages, endossant différentes postures. Ce n’est pas une économie de moyens par défaut. C’est une méthode.