AmoDei et la Diva. De la Silicon Valley à Vegas et Nanterre

Dario Amodei veut ralentir l’IA ; Céline Dion retrouve son public. Deux sincérités plausibles, soutenues par des industries qui savent en tirer parti. Entre prophétie technologique et retrouvailles sur scène, la confiance a ses professionnels. Le doute reste gratuit.

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Dario Amodei et Céline Dion. Illustration.

Le 12 septembre 2026, Dario AmoDei appelle à ralentir l’intelligence artificielle et Céline Dion retrouve son public après six ans sans concert complet. Deux événements sans rapport apparent, deux sincérités plausibles, et deux industries parfaitement équipées pour en tirer parti.

Deux liturgies, le même samedi

Le samedi 12 septembre 2026, le patron d’Anthropic publie We Must Pace the Frontier. Il demande que le développement des modèles les plus avancés laisse davantage de temps à la sécurité. À Nanterre, Céline Dion ouvre sa résidence à la Plenitude Arena devant trente mille personnes. L’ensemble de la résidence doit compter vingt-six concerts répartis entre l’automne et le printemps. Son premier titre est On ne change pas. Elle s’interrompt, submergée par l’émotion. Amodei veut obtenir du délai ; Dion mesure celui qui s’est écoulé. Le calendrier a parfois des talents de programmateur.

L'apocalypse d'un côté, l'osmose de l'autre, les accents de la sincérité en commun !

L’appel d’Amodei Les pleurs de Céline Dion

Le rapprochement paraît incongru. Il le devient moins dès qu’on regarde les lieux depuis lesquels chacun se fait entendre. Amodei parle au nom de l’humanité depuis une entreprise qui commercialise son avenir. Dion retrouve une foule venue éprouver quelque chose de personnel dans une salle conçue pour accueillir des dizaines de milliers de clients. La Californie technologique et le spectacle importé de Las Vegas aux portes de La Défense savent donner une dimension universelle à des affaires particulières. Leurs cérémonies ont toutefois des programmes différents.

Chez Anthropic, tout pourrait changer très vite. Chez Céline, on ne change pas.

Céline Dion en concert à La Défense Arena, 2026. Illustration.

Cassandre et le capital risque

Cassandre : « Il n'existe point de remède à ma parole. » — Agamemnon, 1242-1254, Eschyle.

Cassandre avait un problème de crédibilité ; Dario Amodei a, lui, un problème de structure du capital. Quand il décrit la puissance inquiétante des IA, il décrit les perspectives du secteur dans lequel son entreprise cherche à prospérer. Le lecteur alarmé est donc possiblement accueilli chaleureusement par Claude le modèle LLM d'Anthropic.

On a connu des avertissements moins bien intégrés au parcours commercial.


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L’accuser de simple comédie serait pourtant expéditif. Dans son essai de janvier, il range les entreprises d’IA parmi les acteurs susceptibles de menacer les libertés. La catégorie inclut la sienne. En septembre, il annonce l’accueil d’évaluateurs externes disposant d’un accès continu aux activités d’Anthropic. Leur droit de publier des conclusions défavorables doit donner quelque consistance à la surveillance.

La proposition de Mario AmoDei mérite donc mieux qu’un haussement d’épaules.

Voir l'essai de janvier d'Amodei

Elle arrive également après la démission du chercheur Jacob Coxon, employé d'Anthropic, embauché auparavant chez ChatGPT, qui reproche à cette industrie sa course vers des systèmes incontrôlables, déclarant les décideurs irresponsables, nous conduisant vers une éradication de l'humanité. Cela fait d'autant plus désordre quand, une société telle qu'Anthropic, ne cesse de prétendre à l'éthique et le souci de l'avenir de l'humanité.

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